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Éthique & Liberté - Le journal des Droits de l'Homme de l'Église de Scientologie
L’apologie du soupçon  

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L’APOLOGIE DU SOUPÇON

 

 

Statue la JusticeClamant haut et fort son attachement à la laïcité, l’État français viole bel et bien la liberté de conscience.

Les principes de neutralité et de tolérance, inscrits au cœur de nos institutions, ne nient pas le phénomène religieux. Ils en tiennent compte au contraire, et en quelque sorte le situent dans l’organisation de notre société. De tout temps, des religions sont nées, se sont développées et parfois ont disparu.

 

 

    Notre pays a été le témoin permanent d’une grande effervescence : on parlait d’hérésies au Moyen Âge et à la Renaissance, de sectes dans les siècles suivants, et même le XIXe siècle rationaliste a vu naître un nombre impressionnant de nouveaux mouvements religieux. Puis l’anticléricalisme a occupé pendant quelques décennies le devant de la scène, et le terme de secte, puisqu’il faut bien un mot, et chaque fois péjoratif, n’est que tout récemment revenu en force dans le vocabulaire.

     

    Coupables de penser différemment

    L’intolérance ne peut fonctionner qu’à partir d’un refus de titre. Le protestantisme était désigné, bien avant Louis XIV et jusqu’à la sinistre révocation de l’Édit de Nantes, de R.P.R. (Religion Prétendument Réformée) : autrement dit, ce n’était pas une véritable religion. Sans ce postulat sous-jacent, l’oppression des protestants n’aurait pas été légitime. Rappelons aussi que le christianisme à ses débuts fut combattu par les Romains, qui justifiaient leurs persécutions par le postulat fondamental suivant : le christianisme n’était pas, au sens accepté par les Romains, une religion, mais un mouvement politique qui se déguisait en religion. « Je suis venu instaurer le royaume de mon Père », avait dit Jésus.

    Aujourd’hui, d’autres groupes sont dénoncés à l’opinion publique comme coupables. Coupables de quoi ? Des allégations sans fondements masquent de nouveau les vraies raisons : de tristes personnages de tous bords craignent et attaquent ceux qui prônent la liberté de penser par soi-même plutôt que de suivre aveuglément le statu quo. Défendre des valeurs spirituelles dans un monde de plus en plus matérialiste est apparemment suffisant pour s’attirer les foudres des autorités.

     

    « Plus de cohérence et d’intelligence »

    Dans un texte rédigé en réaction au rapport parlementaire de 1996 sur les sectes, rapport vivement critiqué au niveau international, Émile Poulat (professeur à l’École pratique des hautes études et directeur de recherche au CNRS) résume ainsi les préjugés qui transparaissent sous l’information :

    Pour en finir avec les sectes « Se préserver des sectes, ou du Sida, ou des étrangers, c’est ce qu’on peut lire tous les jours dans la presse, prompte à s’alarmer et à prêcher l’état d’exception, en oubliant tant de campagnes indignées contre les atteintes aux libertés publiques. Il faudrait un peu plus non d’indulgence, mais de cohérence et d’intelligence » (CESNUR, Pour en finir avec les sectes, le débat sur le rapport de la commission parlementaire, 1996).

    Quel est le but réellement poursuivi par l’Observatoire sur les sectes, mis en place par le précédent gouvernement (selon les recommandations du rapport de la commission d’enquête parlementaire de 96) ? « Former et informer », selon les mots de son rapporteur ? Ou favoriser l’instauration d’un climat peu favorable à la liberté d’opinion, la presse se chargeant à nouveau de relayer et d’amplifier rumeurs et soupçons ?

     

     

     

    Une « formation » intensive à la discrimination et à l’exclusion

    Le Parisien annonçait le 17 juillet 1997 le plan de bataille de l’Observatoire des sectes. Le rapporteur général de l’Observatoire, le préfet Guerrier de Dumast, déclarait : « Trois mille gendarmes vont être formés sur les sectes à partir de septembre. Cela entrera dans leur formation initiale à l’école de sous-officiers. La même démarche est observée pour les élèves lieutenants de police et les gardiens de la paix. Le ministère de la Justice a sensibilisé tous les parquets de France. L’ensemble des magistrats sera ensuite touché. (...) l’Éducation nationale a assuré la formation de 500 cadres – recteurs, inspecteurs d’Académie, conseillers d’éducation – et, en 1998, plus de 3 000 enseignants auront les sectes à leur programme. »

    Cette formation s’inscrit-elle de façon irréprochable dans le cadre de la République laïque qui, dans le préambule de sa Constitution proclame que « tout être humain sans distinction de race, de religion ni de croyance possède des droits inaliénables et sacrés », et, dans son article 2, ajoute : « La France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race et/ou de religion et respecte toutes les croyances » ?

    On peut sérieusement en douter. Cela ressemble plus à un bachotage intensif sur le politiquement correct, voulu par les tenants de la pensée unique.

    Dans ces programmes de formation, rappellera-t-on aux fonctionnaires l’histoire tumultueuse et douloureuse, souvent honteuse qui a accompagné l’émergence de toutes les minorités religieuses dans notre pays ? Attirera-t-on leur attention sur l’accouchement tardif et toujours fragile des règles du vivre-ensemble et du respect mutuel qui constituent la laïcité, garantie par la Déclaration des droits de l’homme ?

    L’enseignement de ces références historiques permettrait pourtant de remettre les situations et les événements actuels en perspective.

    Ce défaut de culture historique fait dire au sociologue Louis Hourmant « qu’une bonne part de la controverse antisectes peut s’analyser comme un produit de l’illettrisme croissant de nos contemporains en matière de religion, y compris parmi les gens qui s’affirment nominalement croyants » (Libération, entretien avec François Devinat, 9 février 1996).

    On voit mal comment l’Observatoire pourrait éviter d’être jugé coupable, coupable de défaut d’information, certes, mais aussi, avec une certaine lâcheté, d’avoir laissé se développer cet
    « esprit d’inquisition ».
    Émile Poulat, en termes plus mesurés, ne dit pas autre chose : « Pour les historiens, le XIXe siècle est un réservoir prodigieux de créations religieuses hors Églises chrétiennes. Le XXe siècle ne semble pas moins prodigue, mais à l’exception de quelques collectionneurs érudits, on semble l’avoir aujourd’hui bien oublié » (Pour en finir avec les sectes, op. cit.)

    Rappellera-t-on à ces fonctionnaires en formation les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui affirment le droit de chacun à la liberté de pensée, de conscience et d’opinion religieuse ? Va-t-on leur enseigner le respect des nombreuses déclarations et résolutions des Nations unies et de la communauté européenne, que la France s’est engagée à respecter en les ratifiant, textes qui protègent l’égalité des droits promise aux citoyens français il y a deux cents ans ?

     

    L’histoire jugera

    La reconnaissance des faits est une excellente chose et peut apaiser. Comprendre comment des fonctionnaires – gardiens de la liberté de conscience et d’opinion – ont pu, à différents moments de notre histoire, déraper et considérer que des femmes, des hommes, des enfants pouvaient, en raison de leur appartenance ethnique ou religieuse, être moins égaux que d’autres est tout aussi important. Une réflexion sur ces points devrait être mise au programme des formations dispensées aux cadres politiques, administratifs et de police, évoqué par M. Guerrier de Dumast.

    Faudra-t-il qu’un futur haut fonctionnaire, un jour, vienne reconnaître que l’État a failli à sa mission ? Ne peut-on voir dès aujourd’hui que certaines mesures conduisent et encouragent la discrimination et l’exclusion au quotidien, voire les listes noires ?

    On voit mal comment l’Observatoire pourrait éviter d’être jugé coupable, coupable de défaut d’information, certes, mais aussi, avec une certaine lâcheté, d’avoir laissé se développer cet « esprit d’inquisition, qui s’apparente dans bien des cas aux procès en sorcellerie où la rumeur tenait lieu de preuve » (Louis Pauwels, Le Figaro, 24 octobre 1996).

    Coupable aussi de n’avoir pas su sanctionner les débordements médiatiques et les prises de position extrémistes de certains de ses membres, bien éloignées du devoir de réserve et du maintien de la neutralité que l’on peut attendre de personnalités qualifiées, membres d’un organisme gouvernemental.

 
 
 
 

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