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Éthique & Liberté - Le journal des Droits de l'Homme de l'Église de Scientologie
Les RG : un service incontrôlé  

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La guerre secrète du colonel Morin

Une « stratégie militaire » à l’origine d’un désastre pour l’image de la France



En 1992, une avocate parisienne fut surprise de recevoir un courrier de l’ADFI l’invitant à participer à une conférence à caractère juridique. Comme elle ne pouvait s’y rendre, elle donna son invitation à un ami, étudiant en droit.

Il ne s’agissait pas d’une conférence ordinaire mais d’une réunion confidentielle où étaient débattus les moyens d’ « éradiquer » certains mouvements religieux, selon les termes employés. Le « problème », comme l’expliqua d’entrée un avocat de l’ADFI, c’est qu’il n’existait aucune loi pour éliminer purement et simplement ces mouvements.

Un autre animateur de la conférence se présenta comme le colonel de gendarmerie Jean-Pierre Morin. Ce colonel collaborait avec l’ADFI depuis ses origines. Il entreprit d’exposer à ses invités ses théories et ses plans en s’appuyant sur des travaux qu’il avait déjà publiés.

J.P. Morin se considère comme un spécialiste de la « psychologie des conflits » et a réussi à créer chez ses interlocuteurs, sinon une paranoïa, du moins une violente réaction contre des mouvements religieux (« l’ennemi »). Aux yeux de cet instructeur militaire, « l’ennemi » rôde partout et a réussi à placer des personnes préalablement soumises à un « viol psychique » aux postes clés des médias et des institutions politiques.

DES THÉORIES DISCRÉDITÉES

Pourtant, comme l’admet J.P. Morin dans ses publications, les services de police éprouvent « les plus grandes difficultés à fournir la preuve matérielle de la manipulation par lavage de cerveau ». Bien sûr de telles théories ont été depuis longtemps discréditées par la communauté scientifique dans son ensemble – mais cela importait peu. Pour le colonel, les mouvements religieux minoritaires devaient être combattus avec les techniques des services secrets. Des fonctionnaires devraient utiliser les médias pour créer un climat de peur dans le public qui apporterait alors son « soutien » aux mesures adoptées contre les « sectes ».

En 1993, soit environ un an après cette conférence, M. Morin fut nommé conseiller technique d’un organe de réflexion rattaché au Ministère de l’Intérieur, l’Institut des Hautes Études pour la Sécurité Intérieure (IHESI).

M. Morin participa au groupe d’étude de l’IHESI « sur le phénomène des sectes », groupe essentiellement composé de fonctionnaires de la police et des services de renseignement. Aucune place n’était prévue pour des chercheurs universitaires spécialistes des mouvements religieux. Le travail de l’IHESI était secret mais des copies du rapport du groupe d’étude circulèrent. Parmi les sources consultées pour ce rapport figuraient le responsable de la section des « sectes » aux RG, des représentants de l’ADFI et le psychiatre Jean-Marie Abgrall. En 1995, M. Abgrall avait révélé ses véritables intentions en déclarant au cours d’une émission télévisée : « Si quelqu’un de ma famille était pris dans une secte, je pense que j’agirais comme Rambo : je prendrais un fusil mitrailleur, j’irais dans la secte, je prendrais mon parent, je l’emmènerais avec moi et je tuerais tous ceux qui m’interdiraient de l’attraper. »

UNE STRATÉGIE IMPLACABLE

Le groupe d’étude de l’IHESI eut une influence directe sur la création et les travaux de la commission d’enquête parlementaire de 1995 sur les « sectes » , avec sa funeste liste noire de 172 minorités spirituelles, philosophiques ou religieuses. Le directeur du groupe d’étude était un certain Jean Albouy, assistant du député Jacques Guyard, qui allait proposer la création de la commission d’enquête parlementaire dont il devint le rapporteur.

Tout comme l’avait fait le groupe de l’IHESI, la commission d’enquête parlementaire ignora les travaux des experts en sociologie des religions ou des juristes spécialistes des droits de l’homme et préféra s’appuyer sur des « experts » comme Jean-Marie Abgrall. Son rapport prépara le terrain pour la création de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), dirigée par Alain Vivien, qui fréquentait la mouvance de l’ADFI et de MM Morin, Abgrall et consorts depuis le début des années 1980. Le colonel Morin fut nommé au conseil d’orientation de la MILS, tout comme Jean-Marie Abgrall.

Le rapport de la commission d’enquête parlementaire décrivit très clairement le traitement qu’il convenait de réserver aux minorités religieuses indésirables. Il contenait même en germe la future proposition de loi « About-Picard » puisqu’il recommandait la « dissolution » des minorités religieuses gênantes « lorsque cela s’impose » car les « dissolutions systématiques et rapides pourraient avoir un fort effet dissuasif », faisant en cela écho aux propositions de la conférence de l’ADFI de 1992.

Le rapport de la commission d’enquête, la MILS et la loi About-Picard ont déclenché de vives protestations dans le monde entier. En septembre 2002, un délégué officiel de la France à la conférence annuelle sur les droits de l’homme de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) concéda officiellement que la MILS avait « généré des incompréhensions et véhiculé une image qui ne correspond pas à la réalité française ». En fait la MILS tombait en disgrâce. Elle fut remplacée au mois de novembre.

La poignée de politiciens qui soutient la doctrine militante du colonel Morin va devoir admettre cette réalité française : la vocation de la France n’est pas de devenir un modèle pour les régimes totalitaires.

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